Toscane : une carte postale grandeur nature

Quand on pense Toscane, on pense à la famille Médicis, aux églises ouvragées, aux collines vertes et infinies, et au Chianti. Eh bien c’est exactement ce à quoi on peut s’attendre, et c’est tout simplement superbe. Nous sommes partis de Marseille, donc nous avons dû nous arrêter avant Gênes, dans une ville nommée Varrazze en bord de mer. Avec une lumière rasante de coucher de soleil, c’était un délice.

58378023_1789208601225692_6398179404660342784_nUne des nombreuses ‘piazza’ au sol ouvragé de mosaïque et des bâtiments de couleur.

57427431_456829095059526_1687777948096004096_n.jpgDes portails en fer forgé et des orangers déjà épanouis ; chaque recoin vaut le coup.

Après avoir dépassé le chaos Génois et les italiens fous du volant-nous nous sommes retrouvés devant une intersection, la route barrée par un taxi à contresens, qui a eu le temps de descendre, nous insulter, remonter, et repartir à contresens (parce qu’on roulait dans le bon sens, c’est un motif suffisant pour être en colère non?). Puis vinrent les collines tant attendues et le premier village :  Volterra.

57328058_316379722370544_9173240474201227264_n57674254_1208379995990206_5391164308535115776_nLa piazza principale avec son palais du XVe et un ciel étonnamment bleu-ça n’a pas duré.

57870610_2336989786533915_7390707876743872512_nLa tour qui se dresse représente le pouvoir municipal ; la coupole, l’ancienne puissance du clergé. 57485116_2355715214663964_4204903030098755584_n57936148_2178639425517778_3916893677259063296_n58376300_794780467574229_7067334317239697408_nVolterra contient également une prison médiévale, construite au XVe par les Médicis (toujours eux), et reste en fonction aujourd’hui : un mafieux condamné pour un triple meurtre (Aniello Arena) y purgeait une peine lorsqu’un réalisateur de cinéma, l’ayant vu jouer dans sa troupe de théâtre en prison, a décidé de l’embaucher pour un film-pas sur la mafia directement, ses avocats ont refusé.. Mais le film a gagné un prix et l’acteur n’a bien sûr pas pu se déplacer…

realityuneluciano-692277-jpg_475659_660x28157606664_313193609362426_1202652638869454848_nL’acteur et la prison en question-il paraît qu’aujourd’hui les détenus préparent de la nourriture pour un restaurant chic dont les clients dînent dans la cour de la prison-nous n’avons cependant pas testé..

En revanche, ce que nous avons testé, c’est la nourriture locale, et sans vous assommer de photos, c’était simplement sublime. La spécialité se nomme ‘caccio e peppe’, c’es-à-dire des pâtes, du poivre, du fromage. Comment est-ce qu’ils en font quelque chose d’aussi goûteux ? Il paraît que le secret réside dans la cuisson, et l’ajout d’un peu d’eau des pâtes dans la sauce poivre/fromage pour lier le tout. Tonnarelli-cacio-e-pepeLa croûte jaune, c’est une croûte en parmesan, et les petits grains noirs, de la truffe, la grande spécialité de la région. Un plat purement Toscan ! Et délicieux… (la photo n’est pas de moi). 

Afin d’être en faim pour le soir, nous avons essayé des randonnées dans les collines, mais à cette période de l’année, ils sont très boueux (on ne le voit pas, ça, sur les photos!). Moi qui avais en tête Heidi courant dans les champs avec bonheur, j’ai dû réfréner mes espoirs..

57798657_1234265703416077_152492938398531584_nAprès s’être émerveillés à Volterra, nous avons fait quelques kilomètres vers l’est et avons trouvé les villages de Monteriggioni, et San Gimignagno, deux beautés perchés en hauteur.

57427402_1158754744298332_6590480518024790016_n57433623_2023236741313279_249242350960771072_n57504632_2494317240791335_8245694127161737216_n58419949_346142302677645_2520125112364040192_n58033107_779685735765476_5288999990184640512_n57486270_280104149546441_8013862409682812928_n57534163_2418160548415004_4450412603507736576_n57589839_1237037409779856_3870174539136630784_nEt puis nous sommes tout de même allés se perdre dans quelques collines :

57581562_1224617897698400_4381749382253379584_n57870595_578758895941012_4918961091318382592_n58375056_312336152776163_5667915718868336640_n57908932_3037799666234082_4407845264241459200_n57644655_404056653777461_5125145351459700736_n58460748_2225356251014974_8531710585111314432_nNous avons bien sûr visités des musées (saviez-vous qu’il y a au moins un musée de la Torture par village ? C’est vendeur l’été, mais ça ne reflète pas vraiment la réalité : la vie était généralement calme dans ces villages. Mais beaucoup de ces instruments viennent de… France, et d’Allemagne ! Le plus populaire ici est le Tourmenteur de Mégères-pour éviter que deux femmes se disputent en public, on les engonçait dans le même collier en bois hautement irritant jusqu’à ce qu’elles se réconcilient. Radical, mais efficace). Comme nous naviguions entre Sienne et Florence, nous avons bien dû passer au moins une journée à Florence, mais n’avions pas prévu les coupes-files et autres, alors nous n’avons fait que nous balader. Ce qui était déjà très agréable..

57352938_389383021792725_7277373246104666112_n57462788_2148577701862071_7402493464572592128_n57453587_331030374221008_4305972793213714432_n57490281_2329871627068987_1803767624438382592_n58380441_323409931655609_1248926865624662016_n.jpg57504356_832948547065618_2488931933124296704_n.jpg

58380173_2296251213955347_5112158014601691136_n.jpgUne exposition de maquettes m’a permis de prendre quelques photos d’une perspective amusante :

57503900_627692431028547_1062418370357362688_n.jpg57623807_2196354337148327_9106354622083104768_n.jpgPienza était notre dernier village, mais nous n’avons pris de photo-il faisait très beau, et nous avons préféré nous balader. Alors je terminerai cet article avec une colline, comme il se doit :

57395729_274557676782558_4414960315653947392_nDante, la fierté nationale, disait

J’ai vu déjà, au lever du jour, le ciel paraître à l’orient tout rose, et par ailleurs teinté d’un bel azur,
et la face du soleil alors naître voilée, de sorte que les yeux pouvaient supporter longtemps son éclat tempéré par les vapeurs’

Son passage en Italie du Nord et sa résidence à Florence ont certainement dû l’influencer. Il y a quelque chose dans ces collines, un art de vivre, une lenteur agréable.

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Le musée de l’innocence-Orhan Pamuk

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« Sa beauté, sa robe trop courte pour l’époque ou autre chose encore me dérangeait, et je n’étais pas naturel »

Cette phrase qui intervient au début du roman exprime les thèmes principaux de celui-ci : la beauté, très malsaine, et le contexte : comme beaucoup de romans, Orhan Pamuk nous livre un état des mœurs en même temps qu’une histoire.

Là où le roman est original par contre, c’est dans sa structure : l’histoire paraît très réelle et l’on comprend pourquoi à la fin. Et c’est alors la stupeur..

Kemal Bey est un homme qui a tout réussi, et qui s’offre une aventure extra-conjugale, et le scénario jusque-là ne choque personne. Il se répand en considérations sur la Turquie des années 1970, l’importance de la virginité, le conflit entre les traditions turques et la modernité survenue très brutalement dans le pays. Et ce sont ces considérations qui font de ce roman un très complet, et très riche. Mais cette aventure est très vite interrompue par son mariage. Au-delà de l’histoire, c’est surtout le thème du renoncement amoureux qui est exprimé.

Et c’est absolument fascinant de lire 400 pages sur une période qui devrait être simplement vide et triste, mais qui relate le malheur d’un homme qui n’a pas su garder sa maîtresse : et jusqu’où il peut aller pour un simple contact, un regard. Si au début, le narrateur paraît clairement insupportable de fatuité et de considérations superficielles, sa ténacité future change la donne. Il disparaît complètement au profit de ce nouvel homme, qui trouve un sens à sa vie dans le moindre geste, la moindre parole de son aimée.

Et là aussi, c’est très paradoxal : finalement, on ne sait pas qui est cette fille, il ne l’explique pas, ne la décrit pas, ne s’attarde pas sur sa personnalité profonde. Et pourtant, elle est en arrière-fond de chacune de ses pensées, et son prénom doit être écrit au moins 10 000 fois dans le roman. Mais c’est davantage un écrit sur le sentiment amoureux, que sur un personnage en particulier : et c’est très troublant ! Tout le cœur du roman, toute son essence, se base sur l’évolution du sentiment amoureux lorsqu’il n’est pas réalisé, satisfait, ce que peu de romans font. Toutes les méandres de la pensée obsessionnelle, guidée par l’amour, et qui tient en haleine, et qui est si bien décrite, si bien décortiquée !

Émerge alors un sentiment total, mais platonique, du fait de l’absence de relations sexuelles. En contrariété totale avec la relation expliquée des débuts, chaude, passionnelle, concrète, érotique, ce qui le rend d’autant plus admirable et poignant. Qui sait retranscrire le platonique dans une société obsédée par le concret ? C’est là toute la force du livre, c’est ce qui vous guide et vous incite fortement à aller jusqu’au bout : comment l’auteur s’en sortira-t-il, comment arrivera-t-il à gérer ce sentiment totalisant qui ne semble jamais s’affadir ? Cet amour pur, dénué de considérations sexuelles finalement, car devenues tellement abstraites, est à la fois touchant et horriblement effrayant. Comment un homme peut-il avoir une telle vie, se contenter d’une telle situation ? Les relations ne sont-elles pas faite pour procurer du bonheur, plus de bonheur que de malheur, en tout cas ?

Le livre tente de convaincre, en terminant sur une citation évoquant une vie heureuse. Le lecteur pourra tout de même se faire sa propre idée. Une obsession n’est jamais positive, mais celle relative à l’amour donne au moins un but dans la vie. c’est peut-être le message de l’auteur. Dans tous les cas, on ne peut rester que profondément questionné par ce témoignage à la fois beau et terriblement effrayant.

Je le conseille donc, parce qu’encore une fois, il m’a absorbée assez rapidement, et que le point de vue de départ concernant les protagonistes change, ce qui est parfois une prouesse de roman. Et que comme tout bon romancier, il sait créer une ambiance, un monde complètement à part,  qui vous happe lui aussi très facilement. A lire, mais dans une humeur joyeuse : si comme moi, vous êtes perméable aux ambiances d’un livre, celui-ci n’est pas toujours, vous l’avez compris, joyeux..

English trend :Virginia Woolf- Une chambre à soi

Virginia-WoolfCe portrait-photo est à l’image de ce livre : beau, indéniablement, mais assez insaisissable et flou. Au style vieilli aussi..Mais qui laisse un goût de fin assez intéressant. Un article dans Le Magazine Littéraire évoquait Céline et Woolf, et cela m’a donné envie d’aller plus loin chez elle.

Le propos : du féminisme des années 1930 oui, mais aussi une façon d’écrire très particulière, et finalement des considérations sur la femme assez abstraites. Peut-être cela vient du fait qu’aujourd’hui tout est dit de manière franche, brutale, désinhibée.

En tout cas, il commence d’une manière insolite : c’est la réponse de Virginia Woolf à une demande universitaire qui va être communiquée aux élèves, une conférence par écrit en somme, portant sur les femmes et la fiction.                                                                                                Et bien sûr, elle se réfère aux grandes écrivaines de son temps, les soeurs Brontë, le courant romantique anglais, le roman surtout, évidemment, au contexte classique de la lande battue par le vent,pluvieuse, et la société, qui corsète la femme, riche ou pauvre, qui retient sa créativité, qui la limite. Et voici une de ses conclusions : la femme écrit du roman, parce qu’elle n’a pas l’argent et l’espace pour se consacrer à la poésie ou l’essai politique. Le roman passe donc pour un genre assez desséché, pris par obligation, et elle décortique d’ailleurs très franchement un roman qu’elle lit.

Mais au-delà des considérations littéraires, la conférence s’avère originale par deux aspects inattendus : au lieu d’un long texte évocateur, elle retrace une journée fantasmée par elle, et explique ses pensées au fil des heures, sur le sujet. Déjà bien plus agréable comme ça ! Ensuite, elle ne porte peu voir jamais d’accusations directes sur la mainmise masculine de l’époque. Elle n’explique pas l’absence de poétesses ou d’essayistes femmes par la domination directe des hommes, mais analyse plus finement les motifs qui occasionnent ces faits. Et ça, c’est encore plus agréable. Quel délice de n’avoir des accusations brutales, insipides, criardes,et une analyse détournée, mais pas moins juste!      Vous me rétorquerez peut-être que son époque interdit ce genre de défoulement peu productif. Non, je ne crois pas. Je crois qu’elle sait où sont ses armes les plus efficaces, et celles-ci le sont amplement. C’est parfois dit clairement « elles ont l’anonymat dans le sang », chacun son opinion mais il me semble que l’histoire ne l’a pas toujours montré. Veut-elle volontairement exagérer pour choquer, malgré un ton relativement tranquille ?

Elle explique par ailleurs que les hommes aiment écrire sur les femmes, et les dépeignent toujours de façon extrême, parce que c’est ainsi qu’ils les perçoivent. Je ne crois pas cela. Dans Portrait de Femme d’Henry James, contemporain de son époque, il centre son roman sur Isabelle, jeune femme évidemment belle et intelligente, mais qui paraît incroyablement insipide au fil de la lecture. La femme peut aussi paraître très fade et même dans la littérature, même chez les plus grands….

A travers son écriture très personnelle, un peu tortueuse, le fil se distend parfois. Certaines considérations paraissent futiles, et d’autres nécessitent de s’y attarder.

Donc, en résumé : les femmes n’ont pas le moyen de développer leur talent, parce qu’elles n’ont pas de pièce à elles, pas de moyens financiers qui les laissent libres de ne pas se préoccuper du matériel. Pas de traces de domination intellectuelle de l’homme, de tendances culturalistes genrées, etc. Et ça fait beaucoup de bien ! Parce qu’évidemment, elle en dit plus derrière les lignes, mais ça je vous laisse découvrir le propos. Bien plus profond que ce que l’on peut penser à la première lecture, et efficace. L’écriture simplement, fait un peu vieillot, mais la pensée, clairement dirigée, efficacement dite, tient constamment en éveil.  Quelques chichis pour un fond consistant et réellement intéressant.

 

Scandinavie mon amour n°2 : Zona Frigida, Anne B. Ragde

Le Spitzberg, zone glaciale norvégienne, est un terre propice à la beauté.. et aux huis clos !

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Voici un roman d’une auteur norvégienne prolifique, et qui est loin d’être le plus connu. Il n’empêche qu’on le dévore sans aucun souci..

Le cadre est séduisant : un bateau d’expédition scientifique, où payent 3000 euros pour deux semaines des touristes, afin d’observer ours et phoques. Des descriptions de paysages absolument grandioses, et une ambiance glaciale, tant au niveau de la météo que des personnages.

La narratrice est une femme aux premiers abords superficielle, et assez antipathique. Baignant dans l’alcool, on ne comprends pas très bien ce qu’elle cherche lors de cette expédition. Elle le dit elle-même « Je suis venue ici pour picoler ». Bon. Et après ?

Eh bien, les différents personnages, comme dans une scène très réelle, paraissent eux aussi aux premiers abords, étrangers, vides. Et plus le récit avance, à un rythme soutenu, et plus l’on prend plaisir à les découvrir, à les extirper des cases dans lesquelles la narratrice les a mis. Et s’installe une ambiance assez angoissante, du fait de l’environnement extrême, des conditions, qui se retracent bien dans le comportement des participants. La narratrice s’ouvre également, et elle prends soudain de la consistance.

Un peu trop de consistance..  Et une scène est particulièrement choquante, mais basée classiquement sur ces romans qui ne révèlent leur substance en une seule scène, essentielle, choquante, et totalement réussie. C’est sale. Mais on comprends, et le roman acquiert une autre dimension dès lors.

L’écriture est à l’image de la narratrice-de l’auteur ?- ; froide et impersonnelle, impudique, trop intime, et lors de moments forts, étrangement sensible. Cette élasticité est surprenante, ce qui fait de ce roman quelque chose de spécial, et bien norvégien une fois encore, mêler le froid et les penchants les plus bas. Le personnage est crédible, et débite souvent des réflexions très banales, voir injustifiées, mais cela fait partie du charme du roman, il rend les choses réalistes, d’une précision chirurgicale, aigüe.

En bref, un roman qui maintient une tension permanente, et dont l’objet principal n’est pas celui qu’on pourrait croire aux premiers et même, aux seconds abords. Une lecture satisfaisante et trépidante.

 

La beauté détestée ou le goût des femmes laides, de Richard Millet

jpg_richard_milletIci, nous évoquerons l’écrivain, le romancier, et non pas le politique ! Richard Millet a des opinions sur beaucoup de choses, mais c’est à la beauté que nous nous intéressons aujourd’hui.

« Rares sont les femmes qu’on puisse dire belles, presque toutes étant en quelque sortes des laiderons qui s’ignorent, avant de tenter d’apporter en aimant la preuve du contraire ; plus rares sont les hommes qui aiment vraiment les femmes ; et quasi-impossibles sont en fin de compte l’amour, le bonheur, le pur feu du désir » p.11.

Voilà un avant-goût indicatif..

Déjà, le titre est provoquant, tout comme le roman en lui-même. Pas d’indulgence, mais de la cruauté, voir du cynisme. Les femmes laides n’ont qu’à bien se tenir, s’il l’admet lui-même sa laideur, il ne la pardonne pas chez les autres. Parce que sa pensée, très intellectualisée, part du principe qu’il ne choisira que des femmes laides pour éviter d’être le pis-aller, le « repoussoir » à la Zola des femmes belles, et de qui il ne veut pas tomber amoureux, car il les méprise quand même. C’est pourquoi il dit n’être jamais tombé amoureux, n’être jamais arrivé à une relation satisfaisante, où il y a quelque chose à dire après l’amour. Parce que ces femmes laides, apparemment, sont dans l’incapacité de lui apporter quelque chose mentalement.

Désillusion, donc, forcée, de l’amour, il profite des belles femmes en les épiant, en les dévorant, il chérit cette beauté à laquelle il ne peut prétendre : mais tout cela n’est pas un peu restreint, futile ? Sa sœur, second personnage du roman, rempart contre la médiocrité, modèle d’intelligence et de droiture, contraste habilement avec le côté sale et immoral du narrateur. C’est elle qui insuffle au roman quelque chose de frais, de positif, des concepts finalement assez rares dans ce livres. Âmes sensibles qui aimez lire pour l’embellissement du cœur, attention ! Celui-ci pousse à la trop dure sincérité envers le poids du physique, qui lui l’obsède, mais cela n’est pas un déterminisme, ce n’est pas l’avis de tout le monde..

Il est intéressant de voir les réactions gênées voir cyniques des personnages, très réalistes d’ailleurs, de l’avidité des belles femmes à être assurées de leur pouvoir, jusqu’à l’espoir pathétique de celles qui quémandent une assurance de beauté. Les dialogues sont charnus, présents, les descriptions de femmes alléchantes, mais un malaise, comparable à celui de tous les romans au fond immoral, se dégage. Et après, c’est une question de goût personnel ! Le livre se lit très bien, mais le personnage principal stagne assez, bien que l’on sente la volonté de l’auteur de compartimenter les époques. Il n’est pas attachant-ça n’est pas le but-, on sent la volonté maligne de choquer, et finalement, ça ne prends pas tant que ça. On peut ressentir de la pitié, ça oui; émotion la plus haïe du narrateur hélas, peut-être de la compassion, mais le plus intéressant reste ces émotions concernant la beauté et la laideur, les conséquences qu’elles ont au quotidien, et le personnage de cette soeur, toujours droite et impressionnante, à laquelle on s’attache finalement plus.

Pour faire un point, je dirais que c’est un roman très intéressant, parce que les réflexions ont beau être cruelles, elles ne sont pas moins pertinentes-du moins,elles posent question. Elles posent question également vis-à-vis de notre rapport à la beauté, de l’importance qu’on lui accorde, et de ses retombées dans nos relations personnelles. Finalement, c’est assez instinctif, mais le roman, bien qu’orienté, du fait du mal-être du personnage, nous donne envie de s’arrêter sur ces notions, et on passe un bon moment !

Hors-série : l’intelligence économique

Qu’est-ce que l’intelligence économique aujourd’hui ?

Remarque préalable : de tout ce que j’ai pu lire il transparaît que l’intelligence économique est une notion..économique, mais un concept avant tout.C’est pourquoi il est difficile de trouver comment la mettre en application concrètement ; il est donc plus pratique d’évoquer en théorie, ce qu’est cette notion, et les implications qu’elle peut avoir.

Définition :

Collecte, analyse, protection et diffusion d’informations, l’intelligence économique permet d’anticiper et d’analyser les tendances du secteur d’activité de l’entreprise. Confiée à un prestataire ou pratiquée en interne, elle se caractérise par la production structurée de connaissances afin de permettre aux entreprises de maîtriser leur environnement. En plaçant l’information au cœur de la stratégie, elle donne des outils pour prendre des décisions et augmenter les profits.

D’ailleurs, à chacun son IE : l’État propose une politique publique d’IE, et les entreprises, elles, mettent en place leurs propres pratiques d’IE. Mais l’objectif reste le même : améliorer sa compétitivité, soutenir la croissance et l’emploi et instaurer une veille.

Pour informations générales, ça a débuté dans les années 80 et ça se fait encore assez peu à l’échelle des entreprises. Seules 40% des entreprises la pratiquent.

Comment on fait concrètement :  La première démarche est de cibler les données à collecter et définir quelle information possède une valeur économique. Informations liées à la concurrence – produits, partenaires, approche marketing, etc. –, mais aussi veille juridique ou technologique, ces données doivent être hiérarchisées en fonction des orientations stratégiques de l’entreprise. “Parfois, il suffit d’être rusé et d’observer, même physiquement, une entreprise concurrente, comme les allées et venues sur un parking. Ou simplement de s’abonner à une bibliothèque ou une école de commerce pour avoir accès à l’ensemble de la presse liée à un secteur”.

Il faut sensibiliser ses collaborateurs, verrouiller ses accès à l’aide de mots de passe, ou encore mettre en place des clauses de confidentialité avec les salariés et les partenaires, constituent de solides garanties. “Il n’est cependant pas nécessairement conseillé de déposer certains éléments de procédé dès lors que leur mise en œuvre n’est pas évidente à la simple vue du produit final. On aurait alors divulgué et mis à la disposition du public un élément de procédé dont le brevet ne saurait être aisément mis en œuvre. Le secret est un choix d’entreprise qu’il faut bien entendu organiser et verrouiller” .

Certaines affaires d’espionnage ont défrayé la chronique au cours de ces dernières années. Parmi elles, la plainte de la société Bolloré, Autolib’, qui en 2013 accuse un sous-traitant de BMW d’espionnage au niveau de ses bornes de rechargement. Une plainte est déposée pour “abus de confiance”, “intrusion dans un système automatisé de données” et “dégradation”. Des méthodes peu scrupuleuses mais qui sont loin d’être exceptionnelles.

«  En 2010, 1 000 attaques de ce type étaient relevées, selon un rapport du député UMP du Tarn Bernard Carayon, spécialisé dans l’intelligence économique. Loin d’être épargnées, les PME représentent la moitié des affaires d’espionnage industriel, selon Sophie Larivet, enseignant-chercheur et consultante. Malgré la vulnérabilité des entreprises, un vide juridique entoure l’espionnage économique et industriel en France. Toutes les tentatives pour instaurer un “secret des affaires” – en 2012 par Bernard Carayon, puis en 2014 par le député PS Jean-Jacques Urvoas – sont restées vaines. Dernier essai en date, un amendement de la loi Macron est lui aussi retiré du projet de loi en en début d’année, sous la pression des journalistes qui craignent une restriction des libertés de la presse et des “lanceurs d’alerte”. Ces échecs montrent la difficulté de légiférer sur le sujet. Si l’intelligence économique, qui s’appuie sur des informations dites “blanches”, c’est-à-dire des sources ouvertes telles que les sites web, les réseaux sociaux ou les publications, est tout à fait légale, l’espionnage, qui est interdit, est associé au recours à l’information “noire”, telle que le hacking, le chantage ou le vol. Entre les deux, une zone “grise”, qui entretient le flou, n’est pas illégale. Elle peut consister par exemple en la reconstitution d’un secret par le croisement de plusieurs informations obtenues légalement, ou reposer sur des indiscrétions. Finalement, le salut viendra probablement de l’Union européenne. Une directive visant à protéger le secret des affaires devrait entrer en application cette année ou l’année prochaine. » Que faire ? « Définir l’information recherchée. • Repérer et canaliser les flux d’informations entrants et sortants. • Dresser la liste des sources humaines, numériques, papiers et organisationnelles. • Formaliser l’information récupérée de manière à en assurer une diffusion interne aisée et à garantir une mémoire optimale des ressources. • Identifier les destinataires des informations collectées et valorisées par l’entreprise. • Diffuser l’information. • Interroger régulièrement ses clients, ses fournisseurs, les organismes publics ou parapublics et suivre l’actualité des médias spécialisés qui sont au centre de l’activité et qui peuvent détecter des menaces ou des tendances en amont, non prises en considération initialement, dans un cadre de réflexion plus quotidien… • Sensibiliser l’ensemble des collaborateurs à la nécessité de quérir et rapporter l’information stratégique, issue de son environnement direct ou indirect. • Réaliser une étude comparative des pratiques en vigueur en matière d’IE dans les entreprises concurrentes, pour assurer un retour d’expérience. • Accompagner systématiquement chaque prise de décision d’un travail de recherche et d’analyse pour la valider et la conforter. » Et face au personnel, une fois qu’on est dans les bureaux = Conseil n° 2 : obtenez l’adhésion de tous vos collaborateurs dans la démarche d’intelligence économique que vous mettez en place. L’important, ce n’est pas l’information, c’est ce que vous en faites. La réussite d’une démarche d’intelligence économique passe par un rôle actif et un intérêt marqué du chef d’entreprise pour le sujet, mais aussi par la sensibilisation et la participation active de tous ses collaborateurs. La sensibilisation au partage de l’information, à la culture de réseau et un accompagnement au changement sont essentiels pour la pérennité d’une démarche d’IE. Chaque collaborateur doit être sensibilisé à la valeur et aux enjeux de l’information, et conscient de son rôle dans la recherche. Il est donc important de : • remercier, voire récompenser, systématiquement, l’apporteur d’information utile ; • valoriser la diffusion de l’information collectée au sein de l’entreprise et encourager les réactions informelles à ces informations ; • communiquer en interne sur les succès concrets obtenus grâce à la dé- marche de veille pour en illustrer l’intérêt et motiver la contribution de tous les collaborateurs. Pour les personnes qui n’ont pas directement dans leurs attributions une mission d’intelligence économique, vous pouvez par exemple systématiser le « rapport d’étonnement ». Demandez à vos collaborateurs de vous donner trois informations qui ont retenu leur attention (étonnement, surprise, apprentissage…) lors de chaque déplacement, réunion, conférence. Vous serez surpris du résultat ! Tout déplacement, participation à un salon doit faire l’objet d’un compte rendu qui sera transmis à un responsable pour traitement, puis analysé. Chaque personne doit se sentir concernée par la démarche. En ce qui concerne, par exemple, la sécurité informatique, vous devez absolument sensibiliser et former l’ensemble de vos collaborateurs. L’apprentissage commun des réflexes simples à avoir lors de l’utilisation de l’informatique peut permettre à l’entreprise de se protéger contre des attaques quotidiennes. Il faut savoir, entre autres, repérer les e-mails et logiciels malveillants, limiter l’accès aux données…

Aux Etats-Unis; depuis 1993 avec Clinton surtout, « competitive intelligence » basée sur dix points,assez classique, comme améliorer la prise de décision sous pression,traiter toutes les données sans se donner d’oeillères, connaître l’éthique liée à la prise de données(qui ne veut pas dire forcément respecter, là aussi c’est gris). La différence entre l’IE américaine et française c’est qu’en Amérique c’est le privé qui en prend l’initiative alors qu’en france c’est l’état ;la conséquence subsidiaire étant que du coup l’IE française est en retard. L’iE est même un cours obligatoire dans 15 universités américaines. Pour protéger des données le gouvernement a fait interdire l’exportation d’un certain taux d’information aux pays étrangers,la loi Cohen a fait en sorte que toute information liée aux secteurs importants(défense,technologie..)soit considérée comme secrète, alors qu’en france cela se limite au secret de fabrication seulement. Depuis le 11 septembre plus besoin de motif pour surveiller,toutes les données du net, conversations,réseaux,sont susceptibles d’être espionnées légalement. Le traité ECHELON propose à chaque pays de contrôler toutes les informations des communications téléphoniques faites sur son territoire : peu célèbre il est néanmoins appliqué aux USA,et déclenché pour enrengistrer une conversation dès qu’une suite de mot programmée est dite par un utilisateur, et aux intonations de la voix également. Facebook, Google, possèdent des accords avec le gouvernement susceptible prélever n’importe quelle donnée, or ce sont les deux sites les plus visités au monde. Un aspect fondamental de l’IE est le lobbying ; exemple direct, Microsoft présent au parlement à Bruxelles pour éviter qu’on regarde de plus près à leurs droits et leurs devoirs de confidentialité vis à vis des entreprises françaises et des particuliers. Cas concret : « Une entreprise américaine spécialisée dans le maïs voulait s’implanter sur le marché européen dans le secteur du boulgour (sous-produit du blé dur). Le marché étant dominé par une entreprise française de région Rhône-Alpes, l’entreprise américaine a décidé pour s’imposer d’exercer une très forte action d’influence et de lobbying pour que la norme européenne oblige les entreprises soumises à cette législation à fabriquer le boulgour à partir de maïs. Cette norme aurait alors eu des conséquences catastrophiques pour la PME française qui fondait son activité économique et son expertise sur le produit blé. Fort heureusement, la PME française effectuait une veille législative et a pu découvrir l’existence de l’action offensive américaine à temps. L’entreprise a donc effectué une stratégie de contre-influence auprès des législateurs européens pour que cette nouvelle norme ne voit pas le jour et a réussi à préserver son activité. Si elle ne s’était pas tenue au courant des normes européennes (veille juridique), l’entreprise française aurait sûrement fermé ses portes car elle n’aurait pu refondre son activité interne en si peu de temps. »

En Chine, c’est un autre cas de figure. Le maintien du pouvoir communiste est centralisé, les stratégies d’ouverture et d’hégémonie commerciale reposant sur une politique d’industrialisation avec montée en gamme et production à valeur ajoutée, participation de capitaux étrangers. A l’international, les multinationales chinoises développent des stratégies agressives d’acquisition. En novembre 2003, le chinois TLC Corp. Rachète les téléviseurs Thomson pour créer le premier producteur mondial (12 % du marché). En 2004 et 2005, deux opérations défrayent la chronique et leurs offensives raisonnent comme deux atteintes à la sécurité économique américaine : le Chinois LENOVO rachète la division PC d’IBM et CNOOC cherche à s’emparer du producteur de pétrole américain UNOCAL. L’Amérique croit revivre le traumatisme causé par les offensives japonaises des années 1980.  Dans une savante conjugaison de la pensée stratégique traditionnelle chinoise et des méthodologies de l’école américaine de l’intelligence concurrentielle ou du business intelligence, de la pensée de Sunzi et des matrices de Porter ou de D’Aveni (L’intensité de la concurrence,Le pouvoir de négociation des client Le pouvoir de négociation des fournisseurs Les produits de substitution)

Références web utiles :

http://www.intelligence-economique.gouv.fr/sites/default/files/guide_du_routard_-_intelligence_economique_-_2012.pdf . Bible de l’I.E.

http://www.lenouveleconomiste.fr/lesdossiers/intelligence-economique-un-outil-de-competitivite-pour-les-pme-26792/ = article très censé.

http://bdc.aege.fr/public/Intelligence_Economique_et_strategique_Le_cas_des_Etats_Unis.pdf

Les Adorés : L-F Céline, Ballets sans musique, sans personne, sans rien

AVT_Louis-Ferdinand-Celine_1932Si le Céline politiquement engagé, argotique, prolétaire, vous déplaît, alors ce livre risque de vous.. plaire ! Recueil de pièces de théâtre jamais adaptées, toujours refusées, d’abord par méprise, ensuite par peur d’échouer, c’est le livre le moins Célinien au sens public du terme.

Mais c’est aussi un de ses plus intimes ! Pas de correspondance érotique, pas d’appréciations usées de la vie, pas d’esprit railleur et délicieusement cynique. C’est un recueil personnel, dans la mesure où il illustre les goûts profonds de son auteur : la beauté, la danse, la mythologie, les dieux ! Ses personnages sont tout aussi attachants, il n’a perdu ni sa verve ni sa justesse de description, mais ils sont emprunts d’une innocence vraiment rafraîchissante. Il met en scène Neptune, ses petites fées-sirènes, des hommes et des femmes pour qui ne compte que la fête et l’amour, en bref un étonnement !

Mais le propos est loin d’être insipide, et ne manque pas de profondeur. Tout le temps sont évoqués, et avec ardeur, les sentiments les plus extrêmes, la jalousie, la luxure, l’horreur de l’abandon, de la vieillesse. Mais ses personnages ont l’air si purs, que cela reste lointain, pas forcément concret, pas forcément réel. Et c’est cette distance qui fait de ce livre un livre assez unique : au-delà du changement de style écrit (bien qu’on retrouve certaines énumérations assez typiques, telle « en musique il rémoule, rémoule, je vous roule tous dans la farine ! »), c’est cette sorte de candeur conservée, qui est étonnante.          Il est vrai que Céline reprend et finit ce livre en 47, or depuis il a connu moults mésaventures, mais on sent une réelle volonté d’insuffler à ces contes de l’innocence, de la candeur, comme un reste d’enfance qui se traduirait, qui est hors-norme concernant un personnage tel que lui, qui noircit ses romans de la plume la plus cynique.

L’écriture reste rythmée, belle, active, et entraînante, comme la danse perpétuelle qu’il nous décrit, quelle que soit la situation ! Toujours le même souffle de vie, quelle que soit la teinture des évènements,et la morale est parfois cruelle, mais l’hystérie collective des personnages les rend peu crédibles, et si l’on accepte de s’immerger, on finit par s’y attacher.

Au final, on retrouve là les rêves de légèreté de Céline, ses aspirations aux histoires mythologiques excessives, issues d’un monde qui n’aurait pas la fameuse lourdeur qu’il reproche constamment aux hommes. Il est joyeux, naïf, et tellement surprenant de candeur ! On peut avoir l’impression de percevoir l’homme sans les mesquineries traditionnelles, les influences de toutes sortes, les salissures de l’existence pendant la guerre, la contamination d’un esprit cynique et défaitiste. Comme le décrivent ses femmes, lorsqu’elles évoquent son attitude au quotidien, son attention vis-à-vis de ses animaux, cette espèce d’affection de vieillard incompris. Mais un grand esprit derrière tout cela, un esprit alerte, un esprit capable de faire figurer toutes les émotions, et de donner un rythme de peplum intrépide là où on ne s’y attends pas du tout !